Le marché mondial du beurre de karité affiche une forte dynamique. Future Market Insights évalue ce marché à 3,1 milliards de dollars en 2025 (en tenant compte de l’ensemble des usages). Par ailleurs, l’institut prévoit une croissance annuelle moyenne de 8,2 % jusqu’en 2035. Pour la région Asie-Pacifique, Cognitive Market Research estime la valeur à 730 millions de dollars en 2023. Cela représente un peu plus de 26 % du marché mondial du karité. De son côté, Grand View Research prévoit, pour cette même région, une croissance annuelle moyenne de 8,7 % entre 2025 et 2030. Ainsi, le marché passerait de 600 millions de dollars en 2022 à environ 1,1 milliard de dollars en 2030.
Ces sources, bien que reposant sur des périmètres et des années de référence différents, convergent pour souligner l’importance croissante de l’Asie-Pacifique. En effet, la zone est portée par une demande en plein essor pour des produits de soin naturels et « propres ». Toutefois, accéder à ces marchés ne se fait pas sans défis. Notamment, il y a des défis en termes de réglementation et de concurrence.
Barrières à l’entrée et défis concurrentiels.
L’accès aux marchés japonais et sud-coréens nécessite une approche stratégique complexe. La mise sur le marché des produits importés nécessite une notification préalable auprès d’un distributeur local dûment licencié. De plus, les régulations strictes du Pharmaceuticals and Medical Devices Act (PMD Act) sous l’autorité du Ministry of Health, Labour and Welfare (MHLW) exigent des certifications rigoureuses. Il en va de même en Corée du Sud où le Ministry of Food and Drug Safety (MFDS) impose des standards particulièrement élevés. Cela concerne notamment les cosmétiques fonctionnels, qui font l’objet d’un contrôle préalable strict. À l’inverse, les cosmétiques généraux bénéficient d’une procédure simplifiée. Si les exigences réglementaires peuvent sembler complexes, elles définissent également le cadre dans lequel les exportateurs ivoiriens peuvent se différencier. Par conséquent, comprendre ces règles est la première étape pour élaborer un positionnement stratégique efficace sur ces marchés.
Pour s’établir durablement sur ces marchés, les entreprises ivoiriennes doivent développer un positionnement multicritères. Elles doivent aussi investir dans le renforcement de leurs capacités : obtenir des certifications biologiques internationales reconnues (ECOCERT, JAS Organic au Japon, K-Eco en Corée, etc …), construire des récits authentiques centrés sur l’origine africaine et l’autonomisation des femmes productrices. Elles doivent également établir des partenariats avec des distributeurs spécialisés dans les produits naturels. En outre, elles doivent se conformer aux normes réglementaires spécifiques à chaque marché.
L’initiative de la Global Shea Alliance, lancée en décembre 2022 selon Grand View Research, illustre les opportunités de collaboration directe qui émergent. Elle vise à connecter directement les marques cosmétiques japonaises, sud-coréennes et chinoises avec les coopératives de femmes productrices africaines. En combinant connaissance réglementaire, certifications, marketing éthique et partenariats stratégiques, les entreprises ivoiriennes peuvent transformer ces marchés de niche en véritables relais de croissance.
Une opportunité à saisir.
La Côte d’Ivoire produit environ 250 000 tonnes d’amandes de karité par an, dont seulement 32 % est transformé localement par un petit nombre d’unités industrielles. Cette situation souligne le potentiel de développement important de la filière. Ainsi, cela permettra de valoriser la production nationale sur les marchés asiatiques.
Les exportateurs ivoiriens ont l’opportunité de transformer ces deux marchés de niche en relais de croissance significatifs, à condition d’adopter une approche progressive. Il faut commencer par des partenariats avec des marques spécialisées dans le naturel. Ensuite, il faut développer une présence sur les plateformes e-commerce dédiées aux cosmétiques clean. Enfin, ils pourront progressivement étendre leur réseau de distribution vers les circuits traditionnels.
En conclusion, bien que les marchés japonais et sud-coréens ne représentent encore qu’une fraction modeste du potentiel asiatique, leur sophistication et leur influence sur les tendances régionales en font des cibles stratégiques pertinentes. Cela concerne les acteurs ivoiriens prêts à investir dans la qualité, la certification et la différenciation par l’authenticité africaine.